Bilan de notre première expérience d’affût

Il y a une semaine, samedi dernier à la tombée de la nuit, ma fille est moi avons effectué notre première petite expérience d’affût. Au bord de l’étang, en lisière de forêt… là où l’été se situe le terrain de jeu des grenouilles qu’on entend se marrer sans arrêt.

Samedi 21 novembre – première expérience d’affût, à la tombée de la nuità 200 mètres de chez nous, dans l’Entre-deux-mers, en Gironde

On s’est posées vers 17h30 près de la petite cabane en bois pour assister au coucher des oiseaux et voir si d’autres animaux allaient se présenter. On est restée une bonne heure, jusqu’à ce qu’il fasse bien noir. Dans un silence entrecoupé de quelques chuchotements, forcément, mais d’une grande attention.

Aussi puis-je vous partager plusieurs de mes observations : le froid et l’humidité tombent vite, cela m’a glacé les pieds. A la fin ma louloutte avait froid aussi malgré les différentes couches de vêtement et le plaid que nous avions emmené, donc conclusion #1 = bien anticiper son équipement ! Comme Morizot le dit dans Manières d’être vivant (Actes Sud Ed), « il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais équipements« . Donc acte, on en a fait une petite expérience.

Écouter ensuite, affiner son ouïe, savourer les odeurs. Se poser ainsi dans un tel environnement a un effet apaisant certain, mais il se mérite un peu, il faut s’y faire. J’ai un souci chez nous : quand le vent porte (et même quand il ne porte pas) on entend trop la circulation automobile : ça fait une bande son à laquelle il faut s’accoutumer pour mieux en faire abstraction… Conclusion #2 donc = aiguiser ses sens en pleine conscience, ça demande un effort de perception.

En parlant de ça d’ailleurs, nous sommes reparties sans lumière de notre première séance, constatant que les yeux s’accoutument vite : c’est agréable de voir comment ce lieu qu’on connaît bien prend une autre dimension. Les arbres ressemblent à des estampes japonaises, ils peuvent aussi se faire menaçants selon les imaginaires, on les observe autrement. Conclusion #3 = la créativité marche à plein !

A noter : le premier quartier de lune nous inondait de sa lumière blanche, amplement suffisante pour s’y retrouver au retour. Ce croissant m’a fait penser à un néon naturel.

Sur le court chemin du retour mon Adèle me témoigne de ce qu’elle ressent : « c’est comme si je savais plus marcher, j’ai l’impression de devoir retrouver mon équilibre ». Conclusion #4 = Pister, est ce brouiller les pistes de notre perception habituelle? Sans doute oui !

Qu’a t on vu/ entendu ? Le héron s’est envolé à notre arrivée, on l’a surpris, il est revenu une demie heure plus tard. Nous avons entendu les oiseaux se coucher, chanter les uns après les autres, progressivement, tout s’apaise. Trois vols de grues aussi sont descendues encore vers le Sud. Un poisson ou une grosse grenouille m’ont fait sursauter vers la fin ! Conclusion #5 = en y allant il faut accueillir ce qui se présente, attendre, faire le guet… saisir l’inattendu sans autre type d’attente 🌱 Sur les réseaux sociaux, où j’ai partagé cette expérience, on me rappelle cette citation de Sylvain Tesson dans La Panthère des neiges : « Attendre était une prière. Quelque chose venait. Et si rien ne venait, c’était que nous n’avions pas su regarder » …

Sans doute ne sommes nous pas encore les plus affûtées des observatrices mais je suis heureuse d’avoir tout à apprendre encore, de le vivre ainsi en famille, et de chaque jour me sentir riche de ces interactions que je nourris d’une sensibilité nouvelle. Cette semaine par exemple, je me suis amusée malgré moi à « taquiner le rouge-gorge » en portant un manteau de couleur rouge vif que j’ai récemment retrouvé dans mes placards. Sans m’en rendre compte tout de suite en allant, tôt, au marché, mercredi matin, celui que je guette à longueur de journée depuis mon bureau était en train de me parler : le temps que je détache mon vélo sous la terrasse, il était posté dans le chèvrefeuille et ne cesser de pépier. Je l’aperçois alors et réalise la raison de sa présence. Je suis chez lui, je le dérange, habillée ainsi je fais tâche et je dois déguerpir. Je le salue en partant, et souris à pleine dent, heureuse d’avoir ainsi échangé avec lui…

Pour revenir à l’affût, une chose est sûre : nous y retournerons bientôt, et souvent. Je pense qu’il y a de quoi devenir accro, en vrai. La suite au prochain épisode !

Commentaires